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Yann Syz, candidat à Lorient pour les législatives 2012, avec Émilie Dabo, suppléante

Yann Syz, candidat à Lorient pour les législatives 2012, avec Émilie Dabo, suppléante

Bonjour

votre fédération d’associations m’a adressé il y a quelques jours cette question :

EMGLEV BRO AN ORIANT, fédération de 52 Associations culturelles bretonnes du Pays de Lorient vous invite à formuler vos propositions concernant la langue et la culture bretonne, et à préciser notamment votre position quant aux points suivants : – La ratification de la charte Européenne des Langues régionales ou minoritaires, – La réintégration politique et administrative de la Loire Atlantique au sein de la Région Bretagne.

 Les candidats de l’UDB en Bretagne y ont déjà répondu collectivement au questionnaire de Kevre Breizh, dans cette réponse en breton ici :

 https://udb2012.wordpress.com/2012/06/01/da-gevre-breizh-evit-ur-republik-doujus-dhe-yezhou-rannvro-reponse-a-kevre-breizh-des-candidats-de-ludb/

 Je me permet d’y ajouter des éléments peut-être plus personnel ci dessous :

 Modifier la Constitution, pour affirmer que la République, à côté du français reconnaît, protège et promeut la diversité des langues de ses territoires et les droits de leurs locuteurs.

C’est, on le sait un préalable nécessaire sans le quel toute autre promesse prend le risque d’être un faux semblant, l’histoire récente le démontre. En tant que candidat de l’UDB, je porte l’idée d’utiliser dans les politiques publiques les atouts de la Bretagne. La langue bretonne est un de ces atouts, supports aujourd’hui de plus de 1200 emplois non délocalisables. Si je suis élu, je prend l’engagement d’initier, avec toutes les autres bonnes volontés politiques, le travail législatif nécessaire pour que la Constitution ne soit plus un obstacle à notre dynamique culturelle et économique.

Ainsi, il n’existera plus d’échapatoire pour enfin ratifier la Charte des langues régionales ou minoritaires. Le fait que la France refuse de ratifier un texte éxigé pour tout nouvel entrant dans l’Union est une anomalie. Le premier XX° siècle fut celui des identités uniques. Le XXI° siècles sera celui des identités multiples, il faut y adpater nos institutions.

Mais au delà de ces deux points, il faut ensuite, et probablement d’un même mouvement, dans le cadre du débat à venir sur les nouvelles loi dites de « décentralisation », renforcer la capacité d’agir des Conseils Régionnaux. Celà passe par une loi, à laquelle j’entend contribuer, qui laisse aux régions la capacité d’adapter les textes juridiques se rapportant à l’usage et l’apprentissage des langues, et permettre d’aller vers une co-officialité français- langues régionales.

Celà passe surtout par une autonomie réelle des régions comme la Bretagne. Autonomie législative et autonomie budgétaire. La Bretagne doit pouvoir gérer ces enjeux sans toujours lever le doigt dans les ministères parisien. C’est d’ailleurs le sens de mon engagement politique : créer les conditions pour que les régions puissent s’occuper de ce qui les concernent en premier chef. C’est vrai pour les langues, mais aussi, par exemple de la politique maritime (a-t-on besoin d’un ministère centralisé sur ce point?), de la qualité de l’eau et de biens d’autres domaines. A l’image de nos grands voisins européens, une démocratie fédérale ne sera pas moins démocrate, au contraire, le rapprochment des lieux de décisions des enjeux et des citoyens est un gage de renforcement de la démocratie.

Il est évident, enfin, que lorsque je parle ici de Bretagne, je ne la conçois qu’entière de Nantes à Brest, et j’ai d’ailleurs signé l’engement sur la réunificationn de la Bretagne envoyé par Bretagne réunie. La réunification de la Bretagne concerne le pays de Lorient, car elle permettrait une meilleur synergie entre les acteurs économiques portuaires de Nantes-Saint-Nazaire, Brest et Lorient. J’entend donc agir, comme parlementaire si je suis élu, pour rendre possible institutionelement la Bretagne entière, à la suite du travail engagé par quelques députés en décembre dernier, dans un esprit trans-partisan.

En 1987, dans son livre « penser l’europe », Edgar Morin écrivait : «Nous vivons dans lillusion que lidentité est une et indivisible […] Nous sommes tous des êtres polyidentitaires dans le sens nous unissons en nous une identité familiale, une identité locale, une identité régionale, une identité nationale, transnationale (slave, germanique, latine) et éventuellement une identité confessionnelle ou doctrinale ».  De fait, il n’y a a plus de conflit aujourd’hui entre les identités nationales et l’identité européenne. Là où une opposition se fait jour contre l’Europe, ce n’est pas un rejet d’appartenance, mais une opposition à des projets politiques.

Il n’y a pas on plus d’opposition entre identité régionale et européenne, l’union européenne ayant retenu depuis longtemps l’échelle régionale comme l’un des piliers de son action.

 Mais la France est un cas à part d’un pays qui a construit un conflit entre identité nationale et identité régionale avec des conséquences psyco-sociales négatives parfois majeures.

 En effet, la France a construit sa mythologie politique autour d’une identité unique fantasmagorique, mythologie dans laquelle les manuels scolaires, jusqu’à une période récente, inventaient un récit national où l’histoire devenait une destinée fictionnelle et où laquelle identité régionale constituait un ennemi de l’intérieur comme un démon à combattre.

 Le résultat est une quasi mise à mort institutionnalisée des langues régionales et une folklorisation sympathique des marqueurs d’identités locales, avec pour corolaire des indicateurs de pertes de confiance en soi dans certaines régions. (taux de suicide ou d’alcoolisation régulière par exemple en régions bretonnantes ou flamandes).

 Certes, ici ou là l’Etat a remis depuis peu en place un semblant de volontarisme sur la question de l’identité régionale. Mais chaque fois en s’abritant derrière une justification visant à démontrer une exception (la Corse est une île, l’Alsace a une histoire particulière, le Pays Basque est transfrontalier, etc). En évitant ainsi d’évoluer sur les principes même de l’identité unique, l’Etat a laissé perdurer une situation d’un autre âge, notamment en Bretagne, en Flandre, en Savoie et dans diverses régions des langues d’Oc.

 Pourtant, les identités multiples se complètent et se respectent plus qu’elle ne s’opposent. L’école est un lieu d’apprentissage essentiel de cette multiplicité culturelle, où la confrontation précoce avec ces enjeux linguistiques est un facteur de facilitation pour l’ouverture au monde de notre jeunesse.

La quasi totalité des bretons, des flamands ou des occitans vivent, et comme Européens, et comme français. Ils ne demandent qu’à être reconnu aussi dans leurs identités régionales en plus, ce dont ils sont amputés contre leur gré, comme le sont les catalans en Espagne, les Ecossais au Royaume Uni, les Bavarois en Allemagne, etc. Pour faire face à ce défi de la modernité, l’Etat dispose de peu de marges de manœuvre du fait de pesanteurs plus mentales que financières. Pour entrer dans le siècle des identités plurielles le prochain gouvernement devra laisser aux conseils régionaux, souvent volontaires, les capacités financières, politiques et réglementaires d’agir dans le domaine de la promotion des langues régionales et en particulier pour leur transmission et leur enseignement à l’école.

Ne pas le faire serait, soit se résigner à l’inaction, soit s’inscrire dans une posture nationaliste en décalage avec les aspirations de ceux qui par le biais local veulent entrer dans la complexité du monde. Les sociétés du XXIème siècle seront les sociétés du multiple et non plus de l’identité unique. Le temps n’est plus aux identités binaires (nous et les autres) mais aux identités complexes. Inscrivons les langues régionales de France dans la modernité européenne, avec un statut légal et des moyens de transmissions.

En apportant des réponses pragmatiques précises, puis en les éclairant d’un état d’esprit, j’espère que vous aurez là matière à éclairer vos adhérents pour le vote de dimanche. L’enjeu de mon point de vue, comme je le dit de manière un peu imagée, c’est de contribuer dimanche à la recette du changement, mais en y apportant une bonne pointe de beurre salé en essayant de porter un ou une député de Bretagne, ancré sur les réalités culturelles et économiques de nos territoires, à l’Assemblée, pour qu’arrivent enfin ces réformes que nous souhaitons.

Yann SYZ

Maire-adjoint de Lorient

Candidat aux élections législatives sur les communes de Groix, Lanester, Larmor, Lorient et Ploemeur.

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