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Anne-Marie Kervern, candidate à Brest Ville pour les législatives 2012, avec Fragan Valentin-Lemèni

Anne-Marie Kervern, candidate à Brest Ville pour les législatives 2012, avec Fragan Valentin-Lemèni

Il y a quelques jours Anne-Marie Kervern a reçu sur sa messagerie de campagne une question sur la corrida et la demande d’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité (Unesco) que défendent certains de ses partisans. Cette question était posée par un citoyen de Daoulas. Voici la réponse apportée par la candidate de l’UDB.

 

Brest, le 1er juin 2012

à l’attention de Monsieur Ronan T…

Objet :

Votre question sur la corrida et son inscription au patrimoine immatériel de l’humanité

Monsieur,

Je vous remercie de me permettre de m’exprimer sur la question de la corrida au regard de la protection du patrimoine immatériel. Voici donc ma réponse.

Des pays abolitionnistes

Les corridas sont organisées dans seulement neuf pays. Elles sont interdites dans de nombreux endroits (Argentine, Canada, Cuba, Danemark, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni).

Même au sein des pays pratiquant la corrida, certaines régions ont souhaité abolir cette pratique : les îles Canaries, la Catalogne… 49 villes d’Espagne et de France se sont déclarées anti-corrida. Ceci prouve l’impopularité croissante de cette pratique. Les supporters de la corrida sont une minorité dont le nombre diminue chaque année.

Je me réjouis que le parlement de Catalogne ait interdit la corrida en pays catalan (28 juillet 2010), à partir du 1ier janvier 2012… Je sais qu’en Espagne la Droite populaire conteste cette disposition au nom de la préservation du patrimoine immatériel. Je ne suis pas étonnée que ce parti né de l’Alliance populaire, coalition conservatrice fondée en 1976 et dirigée à l’époque par une majorité d’anciennes personnalités politiques du franquisme, ait adopté une position réactionnaire conforme à ce qu’il est : on sait que la corrida avait été encouragée par l’Etat franquiste en tant que « fiesta nacional » représentant « l’authenticité de la culture hispanique ». Le fait d’assimiler la culture de l’Espagne (racine unique) à une seule de ses traditions est une négation de la diversité des cultures et des traditions qui coexistent en Espagne (Pays Basque, Galice, tradition arabo-andalouse…). La décision prise par la télévision nationale espagnole, en octobre 2008, d’arrêter les retransmissions en direct de corridas[ a été annulée en février 2012 : je n’en suis pas non plus étonnée, car il y a des enjeux financiers énormes au travers d’une véritable industrie de la tauromachie, subventionnée par ailleurs par l’Union européenne.

L’industrie de la corrida en Espagne génère de l’argent, beaucoup d’argent, mais les bénéfices profitent uniquement à un petit nombre d’individus qui savent que leur activité est en récession et font appel aux subventions publiques pour couvrir une grande partie de leurs dépenses. On estime que l’Etat espagnol injecte environ 530 millions d’euros dans l’industrie de la corrida, ce qui est proprement scandaleux en période de crise.

En France

De nombreux pays on interdit la corrida, mais la France continue à l’autoriser :

La France compte 4 écoles de corrida. Un sondage réalisé en France en 2003 montrait que 73 % de la population française s’oppose aux corridas, et que seulement 5 % s’y déclare très favorable. (TNS Sofres, commandé par la Fondation Franz Weber). Les corridas sont organisées sur seulement 10 % du territoire français. Alors que le code pénal reconnaît clairement les corridas comme des « actes de cruauté et des sévices graves envers les animaux » (article 521-1), la pratique de la corrida reste autorisée au titre d’une  « tradition locale ».

L’industrie française de la corrida survit grâce au financement public. Elle reçoit des subventions de la part des villes et/ou des départements, des régions, de l’état et de l’Europe. A titre d’exemple, la ville d’Arles a financé la feria à hauteur de 300 000 euros en 2008, tandis que Bayonne a financé sa corrida 2007 à hauteur de 247 250 euros.

Ces financements publics sont évidemment justifiés par l’emploi supposément généré par la corrida. L’industrie de la corrida brandit souvent l’argument selon lequel la corrida est génératrice de revenus pour les villes et les régions. Cependant que les touristes continueront à visiter l’Espagne ou le midi de la France, avec ou sans corrida.

Quel tourisme ?

Je suggère aux communes concernées de reconvertir leur tourisme tauromachique en tourisme éthique : elles y gagneraient quantitativement et qualitativement. Par ailleurs,  le patrimoine immatériel recèle des avantages touristiques que ces villes méconnaissent : la pratique de leur langue régionale représente des atouts que ces villes tauromachiques en reconversion touristique pourraient exploiter.

Tradition culturelle ?

Je suis consciente que la tradition tauromachique représente dans le bassin méditerranéen une tradition culturelle, sociale, esthétique. Certes, c’est une tradition ancestrale, mais pour autant, la longue durée n’est pas un argument de conservation d’une tradition destructrice. Cette tradition a alimenté l’architecture, la peinture, la littérature, et je pense qu’il n’est pas inintéressant qu’elle perdure sous forme de mémoire, ou qu’elle perdure sous une forme renouvelée conforme à des principes éthiques clairement affirmés : il revient aux associations de défense du patrimoine de faire évoluer la tradition vers la modernité.

Quelle relation à l’animal ?

Inutile de revenir sur les pratiques barbares bien connues : piques, banderilles, mises à mort, éventration des chevaux, elles sont connues et mises en accusation par des vétérinaires, ce qui est nouveau. Rien ne peut justifier les cruautés infligées aux animaux : la cruauté reste la cruauté, quelle que soit la culture qui la pratique. Ce serait une grave dérive culturaliste que d’affirmer le contraire. Les sociétés et les cultures humaines changent au fil du temps. Certaines pratiques sociales et culturelles acceptables par le passé sont devenues contraires aux valeurs de la société européenne moderne.

Je voudrais insister particulièrement sur le voyeurisme de la mise à mort : je conteste vivement la mise en scène de la mort et des souffrances de l’animal, présentée comme une manifestation « artistique ».

Par ailleurs, la corrida véhicule une culture machiste à laquelle je ne peux souscrire : les femmes ne sont plus interdites d’arène comme sous Franco, mais l’exaltation de l’hyper virilité est toujours présente de manière malsaine.

Protection de l’espèce

Les partisans de la corrida soulignent également, en France comme en Espagne,  qu’interdire la corrida, c’est condamner les taureaux de combat à disparaître, et donc prendre le risque d’appauvrir une partie du capital génétique de l’espèce. Je m’inscris en faux contre cet argument stipulant que les animaux vivent dans un biotope de qualité unique grâce aux immenses propriétés dédiées aux animaux de combat. L’homme et le taureau doivent mener une coexistence pacifique. On peut envisager le maintien des taureaux dans des réserves naturelles établies spécifiquement dans le but de préserver différentes espèces.

En conclusion je suis fermement opposée à ce que l’on perpétue la corrida au nom du patrimoine immatériel, en France comme ailleurs. Je pense que la France doit devenir un pays abolitionniste dans ce domaine. Je considère que l’Union européenne qui subventionne l’élevage intensif de taureaux de combat à hauteur de 220 € par an et par taureau en plus des subventions nationales liées à l’élevage et au tourisme commet une faute économique et éthique que je condamne.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Anne-Marie KERVERN

adjointe au maire de Brest et conseillère communautaire BMO

candidate de l’Union démocratique bretonne (UDB) aux élections législatives dans la 2ème circonscription du Finistère (Brest-ville)

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