Étiquettes

, , , , , , , , ,

Anne-Marie Kervern, candidate à Brest Ville pour les législatives 2012, avec Fragan Valentin-Lemèni

Anne-Marie Kervern, candidate à Brest Ville pour les législatives 2012, avec Fragan Valentin-Lemèni

Le 23 mai l’Université Européenne de la Paix organisait un débat à Brest sur le thème « Paix, sécurité et industrie de la défense à Brest ». Les partis politiques démocratiques présentant au moins un candidat dans les circonscriptions législatives de Brest étaient invités à présenter leurs propositions sur le sujet.

Seuls des partis politiques de gauche ont répondu à l’invitation : PS, Front de Gauche, EELV, NPA et UDB. Voici un résumé de l’intervention d’Anne-Marie Kervern pour l’UDB. Elle a été chaleureusement applaudie par le public qui s’était déplacé.

l’intervention d’Anne-Marie KERVERN,

candidate de l’UDB dans la circonscription de Brest-ville

L’Histoire de Brest est fortement marquée par la présence de la Marine et de l’industrie de la Défense. Aujourd’hui, des milliers d’emplois en dépendent directement et indirectement. Une approche pacifique, voire pacifiste de la question doit en tenir compte.

 

A) Défense et paix : une stratégie globale à construire dans la cohérence des politiques publiques

Le but d’une politique de Défense est de garantir la paix. La paix ne se décrète pas, c’est un processus, une construction volontaire, politique, économique, sociale, culturelle.

Aujourd’hui, en France, tous les sujets concernant la Défense nationale, et en particulier l’arme nucléaire, sont des sujets tabous. Toute remise en cause de la politique dite de dissuasion relève du crime de lèse-majesté. C’est inacceptable, le débat démocratique doit avoir lieu.

La paix est une construction politique

1)    Je me prononce clairement pour une abolition de l’arme nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique, ainsi que pour la non -prolifération des armes conventionnelles.

2)    L’arme nucléaire n’est pas une arme de dissuasion, mais de domination. Elle est inefficace dans la lutte contre le terrorisme comme en témoigne la montée de l’ultraradicalisme religieux dans un pays comme le Pakistan, doté de l’arme nucléaire (avec l’aide des Etats-Unis), où, selon les services secrets américains, un tiers des effectifs de l’armée serait lié aux talibans. Pour moi, l’abolition doit être unilatérale, à titre exemplaire.

3)    Je me prononce pour une politique de défense nationale ayant en vue une future réorganisation au sein d’une défense européenne, avec un objectif de désengagement du nucléaire militaire. Cette Europe sociale et démocratique est encore à construire.

4)    Je n’entretiendrai pas l’illusion que l’appareil militaire et l’industrie qui en dépend doit grandir. Au contraire je préconise la déflation du budget militaro-industriel et une réorientation des crédits vers la reconversion et la diversification à des fins civiles.

La paix est une construction socio-économique

1) Il n’y aura pas de paix dans le monde sans un accès de tous aux biens fondamentaux et imprescriptibles : l’eau, les produits agricoles et alimentaires, les ressources naturelles. On ne peut travailler à la paix du monde sans s’engager fortement dans une politique d’égalité, de justice et de solidarité. Il n’y aura pas de paix mondiale sans justice sociale.

2) Je considère que les politiques dérégulatrices imposées par le FMI, l’OMC et la Banque mondiale sont dangereuses pour la paix du monde. La mise en place, au sein de l’ONU, d’accords commerciaux de coopération solidaire, dans l’intérêt des peuples, et non pas des multinationales, seraient bien plus efficaces pour la paix du monde que des sous-marins nucléaires. Le droit à la souveraineté alimentaire fait partie de cette construction socioéconomique de la paix.

La paix est une construction culturelle

 

  • « Si tu veux la paix, prépare la paix » : il faut penser la paix comme une stratégie.

Les éléments de base de cette stratégie sont :

Le développement durable,

Les  Droits de l’Homme, et de toutes les libertés fondamentales,

La participation démocratique du plus grand nombre er renforcement des instances participatives,

La solidarité internationale,

La laïcité comme espace de liberté pour tous,

La diversité culturelle, le respect des peuples et de leur histoire,

La lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes les discriminations.

Un Etat démocratique qui aspire à la paix doit promouvoir ces valeurs et soutenir ici et ailleurs ceux qui, par l’action culturelle et éducative, cherchent à les promouvoir, en particulier auprès des enfants et des jeunes. L’Etat devrait lancer des appels à projet pour le développement d’une culture de paix.

Les collectivités territoriales ont aussi un rôle à jouer (Plan éducatif local par exemple) dans la promotion de ces valeurs en partenariat avec les associations d’éducation populaire, sur des actions de prévention de la violence à l’école, ou les fonctions de médiation dans les quartiers.

Remplacer la dissuasion par la coopération dans tous les domaines :

Tout au contraire d’un système de domination, nous devons aller vers un système de coopération. Aujourd’hui, certains petits pays comme la Norvège développent leur rayonnement sur leur aptitude à coopérer avec le monde entier.

 

B) Quel développement pour le territoire de Brest autour du principe de paix ?

Nous sommes en opposition totale avec le principe de dissuasion, en réalité principe de terreur qui nourrit le terrorisme. Cependant nous pensons que dans la perspective d’une Défense européenne future, Brest doit entretenir ses atouts tout en opérant 2 mouvements : reconversion et diversification.

La reconversion de l’industrie de Défense vers le civil prend du temps, elle doit être programmée et prendre en compte la reconversion des salariés. Ce mouvement est d’ailleurs déjà enclenché à Brest depuis de nombreuses années. La création du Technopole Brest-Iroise a été le fer de lance de cette mutation économique vers une économie de la connaissance.

 

Objectif 1 : Conforter Brest dans les secteurs de l’action de l’Etat en mer

L’action de l’Etat en mer doit répondre aux risques particuliers de la pointe de Bretagne avec un trafic de plus de 45 000 navires par an dans le rail d’Ouessant (150/jour), soit 330 000tonnes d’hydrocarbures et 90 000tonnes de produits dangereux par jour.

Les moyens financiers et humains doivent être renforcés pour :

la sauvegarde de la vie humaine en mer,

  • la sécurité de la navigation,
  • l’établissement de plans d’urgence et de secours,
  • la sûreté en mer (lutte contre les activités illicites, mise en œuvre du plan VIGIPIRATE, actions liées au maintien de l’ordre public),
  • la lutte contre les pollutions marines,
  • la régulation des activités humaines sur la bande marine côtière.
  • la part de l’activité opérationnelle des bâtiments et aéronefs de la Marine nationale pour les missions de sauvegarde maritime

Ces missions de service public ne sont pas spécifiquement militaires. En revanche, elles apportent à la pointe de Bretagne des moyens et des compétences de la Marine indiscutables et qui doivent être privilégiés.

 

Objectif 2 : Conforter l’implantation à Brest des services interarmées et des fonctions d’intérêt civil

Les services interarmées implantés à Brest  (enseignement supérieur, santé, télécommunications…) sont des services de haut niveau de qualification, bien insérés dans les réseaux brestois et contribuant à l’enrichissement des atouts de la ville.

Enseignement et recherche (ENSTA, Ecole navale, centre d’instruction navale),

  • SHOM,
  • Hôpital des armées, la Direction régionale des services de santé, la direction des réseaux et des systèmes d’information, le centre de coordination et de contrôle de l’armée de l’air,

Il faut rechercher la localisation à Brest de nouveaux services.

 

Objectif 3 : Développer des compétences industrielles de DCNS tournées vers la défense conventionnelle et les activités civiles

Construction (mais la politique de l’Etat va-t-il conduire à un arrêt définitif des constructions neuves?) mais surtout maintenance des navires, e-maintenance, automatisation, modélisation, diagnostic des structures qui sont des compétences actuelles à ne pas perdre si on veut positionner Brest comme grand port de Défense dans la perspective de l’émergence d’une défense européenne.

Pour cela, DCNS devra investir dans la R&D, renforcer la recherche autour des énergies marines autour de l’incubateur, mutualiser les gros chantiers avec la réparation navale civile.

Dans le domaine des constructions neuves devenues inexistantes, il faudrait envisager des coopérations avec d’autres chantiers…à condition de substituer la notion de coopération à celle de compétition.

Coopérer, mutualiser : l’expérience de coopération entre la réparation navale civile et DCN sur la plateforme offshore SEDCO 707 avait été un succès et prouvé que Brest pouvait accueillir des chantiers de grande importance.

 

Objectif 4 : Développer les coopérations civiles et militaires et renforcer la recherche et les applications sur les technologies duales

Les industriels brestois ont commencé à travailler sur des technologies duales débouchant sur des applications militaires et civiles. Brest a une belle carte à jouer dans ce domaine. Des technologies convergentes sont déclinables pour des usages mixtes, dans les domaines de la sécurité et de la sureté maritime, dans les systèmes d’information et de communication, dans la gestion intégrée du littoral, dans la conception des navires.

Exemple : La société brestoise Autocruise est née d’un mariage mixte entre 2 cultures : THALES pour les radars et un équipementier automobile américain TRW. En alliant leurs compétences, ils ont conçu un radar de régulation de distance et de vitesse destiné au marché automobile. Aujourd’hui, plus de 100 000 radars ont été vendus et une nouvelle ligne de production est en cours sur un nouveau modèle pour une aide au freinage d’urgence. Les perspectives de développement sont importantes car elles sont liées au développement du marché de la sécurité, lui-même lié à des directives européennes.

Autre exemple : Thalès (1650 salariés), la seconde entreprise de défense à Brest,  coordonnateur du projet ASEMAR pour le développement d’un véhicule sous-marin autonome de surveillance pour la sécurité maritime illustre un projet de coopération réussie entre partenaires industriels, établissement de recherche et partenaires financiers.

 

Objectif 5 : Soutenir la filière Mer, non pas à l’échelle de la ville, mais à l’échelle de la Bretagne occidentale dont Brest est la capitale

40 000 emplois sont concernés sur la Bretagne occidentale.

Cette filière doit être soutenue dans ses composantes : enseignement supérieur, recherche,  industrie, autour de 4 grandes thématiques :

 

  • Sécurité et sureté maritime,
  • Construction,  réparation navale, déconstruction,
  • Ressources énergétiques marines,
  • Biodiversité, environnement et aménagement du littoral.

L’Axe Mer Ouest, qui rassemble les établissements scientifiques de l’Europôle Mer, a déjà montré son efficacité en matière de concertation dans la réponse aux appels d’offres. L’obtention du Labex mer « Océan dans le changement » peut jouer un rôle économique important lié à l’exploitation du territoire marin.

 

Objectif 6 : Faire rayonner les pôles de compétitivité

Véritables passerelles entre les entreprises, l’enseignement supérieur et la recherche, ce sont des espaces de mutualisation des moyens humains, financiers, techniques.

Ces pôles de compétitivité (Mer, images et réseaux) favorisent l’émergence de projets dans les filières d’excellence et font rayonner Brest à l’international. Ce sont des éléments forts d’attractivité dans une économie de la connaissance.

Soutenir l’internationalisation de l’enseignement supérieur est l’une des priorités.

NB : Il est étonnant qu’à gauche, on confonde souvent compétitivité et compétition. La compétitivité est une ambition d’adaptation permanente aux modifications de l’environnement. Elle passe par l’innovation et l’économie de la connaissance. Compétitivité et coopération non seulement peuvent aller de pair, mais sont la plupart du temps associées.

 

Objectif 7 : Développer de nouveaux secteurs industriels non encore présents de manière significative à Brest

 

  •  Energies marines renouvelables

Les bases sont posées au niveau de la formation : l’Ensta a créé un mastère Energies marines renouvelables (Ifremer et l’Institut européen de la mer sont associés).

Dans un contexte mondial de raréfaction et de renchérissement des énergies fossiles, Brest doit prendre une place de premier plan dans la recherche et l’industrie concernant toutes les sources d’énergie des océans : énergies marémotrices, houlomotrices, énergie des courants, mais aussi énergie thermique des mers car les océans sont d’énormes capteurs d’énergie solaire.

C’est un vrai domaine de développement économique, avec des créations d’emplois potentiels (conception des équipements, fabrication des composants, moyens de mise en œuvre comme les barges nécessaire à l’installation en mer des nouveaux engins).

Mais cette nouvelle filière aura absolument besoin du soutien de l’Etat, sous peine de rater définitivement le tournant.

 

  • déconstruction de navires : priorité sur les navires de l’Etat

Il y a actuellement des escorteurs d’escadre, 47 petites unités à déconstruire à Brest (3.000t), quelques unités plus importantes, sans compter les 100.000 tonnes de vieilles coques militaires qu’il faut traiter avant 2017. Il va bien falloir, un jour ou l’autre, joindre les belles paroles (Grenelle de la mer, plan de relance industrielle, etc.) aux actes.

Je suis persuadée que le port de Brest a tous les atouts pour devenir un lieu de déconstruction de navires  militaires en fin de vie. Je pense aussi que l’Etat doit assurer sa responsabilité jusqu’au bout, de la conception à la déconstruction, dans ses équipements et avec ses moyens. Il faut absolument que le coût de la déconstruction soit prévu dans le coût de construction du navire. Le législateur a d’ailleurs imposé ce principe à l’économie civile et au consommateur (écotaxe).

En tout état de cause, la déconstruction des SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) de la FOST (Force océanique stratégique) devra se faire à Brest, avec les compétences brestoises, dans les équipements de la Défense.

 

  • Navires marchands

Je me réjouis que des entreprises bretonnes aient oeuvré activement à la vidange du TK Bremen, à l’évacuation, au transport et au recyclage des déchets ainsi qu’à la sécurisation du site. Mais je déplore que la déconstruction ne soit opérationnelle qu’à une échelle hyper-localisée. Ainsi en Bretagne seuls les navires de pêche et de plaisance sont pris en charge en fin de vie par des entreprises locales.

Je remets en cause le principe de «l’océanisation» des navires à laquelle l’Union Européenne donne son blanc-seing ainsi que les concessions de cimetières marins comme à Landevennec.

Brest a une carte à jouer dans un chantier de déconstruction labellisé par l’Union européenne. Cette activité n’est pas une sous activité qui devrait être effectuée par des salariés non spécialisés. Elle devra être une activité industrielle nouvelle qui doit trouver sa place en Europe, en France et pourquoi pas dans notre région à Brest. Cette activité créera du trafic portuaire et pourquoi pas un marché du métal et de la pièce d’occasion.

Mais pour réussir, il faut absolument que la déconstruction des navires marchands soit aussi prévue dès leur conception. Cette obligation doit être imposée à tous les armateurs, en lien avec l’Organisation maritime internationale (OMI) qui a les moyens d’organiser la traçabilité des unités de la flotte.

 

  • Inertage de l’amiante

Brest a payé un lourd tribut à l’amiante. Or, déconstruction suppose traitement et recyclage de matières dangereuses comme l’amiante. A ce jour, il existe plusieurs technologies de traitement dont aucune n’est vraiment satisfaisante. Il y en a une qui a retenu mon attention, c’est celle de la fusion à très haute température et transformation en un vitrifiat inerte et indestructible utilisé dans les travaux publics.

En lien avec une activité de déconstruction, il y a là une création d’activité nouvelle possible. Cela supposerait étude de marché et un opérateur. Aujourd’hui, c’est la société Europlasma qui est spécialiste dans le domaine.

Là encore initiative des collectivités, manifestation d’intérêt d’opérateurs privés et soutien de l’Etat sont nécessaires.

Enfin, pour le rayonnement de Brest et pour celui de la France en Europe, je demande un Ministère de la Mer de plein exercice, englobant le secteur des pêches et localisé à Brest, capitale européenne des sciences et techniques de la mer. Brest est d’ores et déjà en Europe la ville qui concentre le plus d’outils de gouvernance maritime :

https://udb2012.files.wordpress.com/2012/05/kervern2012_ministeredelamerabrest_documentprojet_version10052012.pdf

Il faut donner une vraie visibilité et une vraie cohérence à l’action maritime en France. La mer est un espace commun qui doit être géré en commun. Il nous faut une stratégie atlantique pour une appropriation de l’espace maritime communautaire. On ne développera concrètement des coopérations efficaces à ce niveau qu’avec un regroupement sous un organe de pilotage politique de toutes les activités liées à la mer, aujourd’hui réparties dans une quinzaine de ministères.

• • •

Pour une rupture démocratique • Consultez mon blog en français et en bretonMes engagements

Retrouvez-moi sur Facebook

Clips de campagne

Réunions publiques

Advertisements