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Questionnaire du collectif GASPARE

Madame, Monsieur,

Les 9 candidats présentés ou investis par l’Union démocratique Bretonne (UDB) et leurs suppléants aux élections législatives des 10 et 17 juin ont souhaité vous apporter une réponse collective. Le caractère collégial de cette réponse nous semble apporter une garantie de sérieux et de pérennité dans nos engagements.

Tout d’abord nous tenons à rappeler que l’Union démocratique bretonne (UDB) est membre fondateur du collectif GASPARE. Par ailleurs nos 4 élus régionaux font partie des 11 conseillers régionaux qui ont voté contre le « pacte électrique breton », tout en reconnaissant que certains éléments de ce document allaient dans le bon sens, au motif de l’inscription dans ce document d’un projet de centrale électrique à cycle combiné gaz et en raison aussi d’une prise de décision non conforme aux règles élémentaires de la démocratie (le Conseil régional s’est prononcé après la signature du document). Plusieurs de nos conseillers régionaux ont participé aux manifestations publiques que votre collectif a organisées (rassemblement populaire sur le site de Lanvian, réunions publiques organisées par le collectif), de même d’ailleurs que nos élus du pays de Brest parmi lesquels Anne-Marie Kervern, adjointe au maire de Brest, qui se présente aux élections législatives dans la circonscription de Brest-ville.

Notre positionnement contre le projet de centrale électrique à cycle combiné gaz, que ce soit dans les Côtes-d’Armor hier ou dans le Finistère aujourd’hui, n’a jamais varié. Il résulte de l’analyse que nous avons faite que ce projet s’inscrivait dans une approche dépassée des questions énergétiques, une approche centralisée faisant la part belle aux hydrocarbures et au nucléaire qui sont des énergies fossiles en voie d’épuisement et dont la matière première est importée. Nous sommes partisans d’une approche décentralisée, qui permette une mise en adéquation des besoins et des moyens pour y répondre, non seulement à partir de moyens de production mais aussi par des démarches de sobriété et d’efficacité (l’énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas) qui sont pourvoyeuses d’emplois tout autant et même davantage que la production. Pourquoi faudrait-il se soumettre à l’idée que l’énergie va peser toujours davantage dans le budget des ménages, le budget des entreprises, le budget des collectivités ? Nous n’acceptons pas ce sentiment fataliste largement diffusé par les grands groupes privés comme par une grande partie du monde politique. Ce sentiment condamne l’Europe à la récession économique et à la régression sociale, nous ne l’acceptons pas.

L’approche décentralisée de l’énergie qui est la nôtre doit bien sûr intégrer la nécessaire solidarité entre les territoires que permettent les réseaux. Elle est incompatible avec toute vision centralisatrice, jacobine de la société française, incompatible donc, car tout se tient, avec le refus du fédéralisme en France, refus qui caractérise malheureusement la plupart des sensibilités politiques, de droite comme de gauche, mais aussi la plupart des sensibilités syndicales et du monde patronal (d’où le soi-disant « consensus national » autour du nucléaire et de son modèle hypercentralisé).

Notre approche décentralisée de l’énergie, outre qu’elle est la seule qui permette d’avancer vers une réelle autonomie des territoires, est aussi celle qui créera le plus d’emplois durables, car non délocalisables, ce qui est un  facteur très important à nos yeux.

Cette approche, nous l’avons développée dans le Nouveau Projet Alter Breton que l’UDB a rendu public en 2010 et que vous trouverez ci-joint :

http://www.udb-bzh.net/IMG/pdf/NPAB_vf.pdf

http://www.udb-bzh.net/IMG/pdf/920_RANB_21_v0.pdf

Vous voudrez bien trouver ci-dessous nos réponses à vos questions.

Bien cordialement.

Les candidats présentés ou investis par l’Union démocratique bretonne aux élections législatives des 10 et 17 juin :

Anne-Marie KERVERN, titulaire, et Fragan VALENTIN-LEMENI, remplaçant, dans la 2ème circonscription du Finistère (Brest-ville)

Isabelle MOIGN, titulaire, et Paul GUEGUENIAT, remplaçant, dans la 8ème circonscription du Finistère (Concarneau-Quimperlé)

Thierry STIEFVATER, titulaire, et Maryse Laurent, remplaçante, dans 1ère circonscription des Côtes-d’Armor (Saint-Brieuc)

Philippe COULAU, titulaire, et Sylvie TOUPIN, remplaçante, dans la 5ème circonscription des Côtes-d’Armor (Lannion-Paimpol)

Valérie COUSSINET, titulaire, et Pierrick BRIHAYE, remplaçant, dans la 3ème circonscription d’Ille-et-Vilaine (Rennes-Montfort)

Eloïse CORDIER, titulaire, et Jean-François MONNIER, remplaçant, dans la 4ème circonscription d’Ille-et-Vilaine (Redon)

Yann QUEMENEUR, titulaire, et Clara LEVREL, remplaçante, dans la 4ème circonscription de Loire-Atlantique, (Nantes-Rezé)

Yann SYZ, titulaire, et Emilie DABO, remplaçante, dans la 5ème circonscription du Morbihan (Lorient)

 

1) Pensez-vous qu’il soit possible de concilier l’obligation légale aux régions d’adopter d’ici 2012 un Plan climat-énergie qui doit réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre et la construction d’une centrale électrique à gaz émettant 3.900 tonnes de CO2 par jour ?

http://tinyurl.com/bqq644p

La mise en service de la CCCG de Landivisiau pourrait se traduire par une augmentation de 8% des émissions de gaz à effet de serre de la Région Bretagne, sans tenir compte du bilan propre à l’extraction et au transport de ce gaz (conventionnel ou issu des gaz et huiles de schiste?). Ce projet est donc en contradiction avec les objectifs affichés par la Région de diminution de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 mais aussi de baisse de 75% d’ici 2050 (or la CCCG est prévue pour fonctionner 40 ans).

2) Comment analysez-vous le fait que la production d’électricité à partir de la combustion du gaz naturel soit confiée à des intérêts privés, donc à des actionnaires, alors que le coût des infrastructures de raccordement au réseau de distribution gaz serait à la charge du

consommateur-usager ? Pensez-vous que cette situation soit de nature à permettre une maîtrise du coût de l’électricité pour le consommateur ?

 

Socialiser les pertes, privatiser les bénéfices, c’est la logique dans laquelle ce projet s’inscrit. La confirmation par le PDG de Direct Energie lui-même que la centrale ne dégagerait aucune rentabilité sans la rente annuelle de 40 millions d’euros que doit lui garantir l’Etat à travers la CPSE

( soit une « dote » de 1,6 milliards d’euros sur la durée de vie annoncée de la centrale, sans tenir compte des révisions à la hausse probables au fil du temps) vient illustrer de façon très éclairante cette logique qui est contraire aux intérêts des consommateurs. On peut d’ailleurs s’étonner que les chefs d’entreprise qui animent l’association « Investir en Finistère » ne trouvent rien à redire à ce « modèle économique » très éloigné du credo libéral.

 

3)    Sachant d’une part, que la consommation en gaz d’une centrale de 450 MW dépasse celle de l’agglomération rennaise et que, d’autre part, GRTgaz prévoit d’ores et déjà des délestages possibles sur le réseau de gaz (21 jours en 2013, 52 jours en 2015), comment jugez-vous les risques que fait peser la programmation d’une soixantaine* de centrales du type de celle qui serait implantée à Landivisiau (* c’est le nombre de projets et de demandes de raccordement à RTE – Réseau de transport d’électricité – sur l’approvisionnement en gaz en France) ?

Les partisans de ce projet prennent le risque d’un « black-out » gazier, bien réel, au nom d’un risque de « black-out » électrique dont la solution, s’il était avéré, est clairement identifiée : réduire le recours au chauffage électrique comme mode de chauffage principal. C’est une politique irresponsable qui menace des millions de foyers en France, approvisionnés au gaz naturel, de ne plus pouvoir se chauffer, soit par rupture d’approvisionnement, soit parce que le coût du gaz leur sera devenu inaccessible.

4)    Estimez-vous qu’il faudrait avoir recours aux GNC – Gaz non conventionnel – ou gaz de schiste en les important, dans un premier temps des USA et/ou de Pologne, puis en les explorant et les exploitant sur le territoire national ?

La seule façon d’approvisionner les multiples centrales électriques à cycle combiné gaz qui se préparent en France sans menacer l’approvisionnement des foyers qui se chauffent au gaz serait en effet de recourir aux gaz de schiste. C’est d’ailleurs l’exploitation des gaz de schiste qui a permis de faire baisser les prix du gaz aux Etats-Unis, contrairement à la situation que nous vivons en Europe. Or on connaît les conséquences environnementales et sanitaires désastreuses d’une mise en exploitation des gaz de schiste ; elles le seraient bien davantage sur un continent comme l’Europe où la concentration démographique est bien supérieure à celle des Etats-Unis.

5) Que pensez-vous de l’impact environnemental (notamment sur la ressource en eau) de ce mode de production énergétique et des risques que l’activité de ce type de centrale fait peser sur la santé des populations (rejet de nombreux polluants chimiques : chlore, acide sulfurique, oxyde de soufre, oxyde et dioxyde d’azote, particules fines et ultra fines…) ?

L’absence de débat contradictoire sur ce sujet en France témoigne de l’absence de démocratie dans le choix des orientations énergétiques. Nous souhaitons une étude scientifique indépendante à l’initiative de la prochaine Assemblée nationale. Si nous sommes élu-e-s nous en prendrons l’initiative.

6)    Sachant que le chauffage électrique (qui représente plus de 30% du parc des logements en France mais seulement 5% en Allemagne) est la cause majeure des pointes de consommation électrique en période de grand froid, êtes-vous favorable à l’idée d’un plan national d’interdiction du chauffage électrique dans les nouvelles constructions ? Pensez-vous que le remplacement de ce moyen de chauffage dans les bâtiments existants par des solutions moins coûteuses en fonctionnement soit envisageable ?

Oui, nous en avons déjà défendu le principe au Conseil régional de Bretagne. D’ailleurs, à l’initiative des élus régionaux UDB et EELV, depuis 2012 les projets immobiliers (habitat social)  qui sont subventionnés par la Région Bretagne dans le cadre de sa politique d’aide au logement (politique volontaire car elle ne rentre pas dans ses compétences obligatoires) font l’objet d’une information en commission permanente sur le mode de chauffage retenu. Nous constatons que depuis la mise en œuvre de cette information, le recours au chauffage électrique dans les projets immobiliers aidés est devenu l’exception. Cela va dans le bon sens mais nous souhaitons un abandon total du chauffage électrique comme mode de chauffage principal.

Nous défendons le principe d’un grand plan régional pour l’efficacité énergétique, principalement dans l’habitat, qui puisse être financé à la fois par des aides publiques (fonds européens, Etat, Région, collectivités locales), les bailleurs sociaux et le secteur privé (au titre de la création d’activités dans le bâtiment). Ce plan régional pourrait se décliner au niveau de chaque « pays » dans le cadre des contrats Région-Pays.

7) Que pensez-vous de la filière de la méthanisation (gaz issu du compostage de diverses

matières organiques) ?

 

Nous y sommes favorables sur le principe car cela peut contribuer à rapprocher les besoins en énergie des sources de production. Nous y mettons des conditions : que les projets de méthanisation soient des projets à dimension locale (pas de norias de camions sur les routes pour alimenter le digesteur) et, s’agissant des matières organiques d’origine agricole, que celles-ci ne proviennent pas d’une production végétale qui viendrait concurrencer la vocation fondamentale des terres agricoles qui est de nourrir ni de l’assèchement de zones humides essentielles à la biodiversité. Nos élus au Conseil régional de Bretagne ont fortement pesé dans ce sens, avec des

résultats encourageants dans la sélection des premiers projets de méthanisation qui ont reçu une aide de la Région depuis fin 2011.

 

8) Que pensez-vous de la filière de la méthanation (procédé de production de méthane

synthétique par la réaction chimique, dite de « Sabatier », entre de l’hydrogène et du gaz

carbonique) ?

Comme toute innovation à débouché économique potentiel la méthanation mérite d’être étudiée. Certaines grandes entreprises de l’énergie (Areva par exemple) laissent entendre que son potentiel serait considérable. Le grand débat sur l’énergie que le nouveau président de la République François Hollande s’est engagé à rendre possible devra permettre d’examiner les avantages et les inconvénients de cette piste comme d’autres qui n’ont pas encore été exploitées. En tout état de cause notre préférence va aux alternatives aux hydrocarbures et au nucléaire qui peuvent être développées et maîtrisées à un niveau local ou régional – et elles sont d’ores et déjà nombreuses – car toute innovation qui favoriserait la concentration des moyens de production et de maintenance des équipements de production et de transport de l’énergie risque fort de produire les mêmes travers que par le passé. La concentration du pouvoir énergétique ne vaut pas mieux que la concentration de toute autre forme de pouvoir.

 

9) Pensez-vous que la construction d’une centrale à cycle combiné gaz soit de nature à améliorer l’autonomie énergétique du Finistère et de la Bretagne ?

 

Si les mots ont un sens, il est insensé de prétendre développer l’autonomie énergétique d’un territoire à partir d’une énergie fossile en voie d’épuisement et importée à 97%. Il convient, pour le moins, quand l’utilisation de cette énergie s’avère incontournable dans une phase de transition vers des sources d’énergie renouvelables, de l’utiliser à bon escient, c’est-à-dire pour les bons usages et avec le meilleur rendement possible. Or une centrale électrique à cycle combiné gaz gaspille la moitié du gaz brûlé, ce qui est une hérésie tant au plan économique qu’environnemental, avec des conséquences sociales évidentes au niveau des prix qui seront imposés au consommateur.

 

10) Seriez-vous prêt à exiger auprès de la CRE – Commission de Régulation de l’Energie – le

budget détaillé concernant les fonds publics investis dans le projet de la CCCG en Finistère ?

 

Oui. Si nous sommes élu-e-s à l’Assemblée nationale, nous ferons cette démarche qui vise à la transparence de l’utilisation des fonds publics, donc de l’argent des contribuables.

 

 

11) L’argent public dépensé autour de ce projet va probablement atteindre plusieurs centaines de millions d’euros : renforcement du gazoduc (renforcement du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne), raccordements gaziers, raccordements électriques au poste RTE, raccordements eau, bâtis de l’enceinte de la centrale, connexions routières à prévoir, primes annuelles de 40 millions d’euros versées à l’opérateur http://tinyurl.com/d8rss7n, ….

Pensez-vous qu’il soit envisageable de déplacer ces fonds publics sur les économies d’énergie : isolation, aides au remplacement du chauffage électrique… ?

 

Nous sommes favorables à ce principe. Nous pensons qu’en fléchant vers des travaux d’isolation et de remplacement du chauffage électrique ne serait-ce qu’une partie de l’argent public prévu pour connecter le projet de CCCG aux réseaux d’électricité et de gaz et pour verser une rente annuelle de 40 millions d’euros à l’entreprise privée Direct Energie, on parviendrait à régler en quelques années le problème des pointes de consommation électrique par jour de grand froid. Cette solution apporterait beaucoup plus d’emplois à l’économie finistérienne et bretonne, notamment  dans le secteur du bâtiment qui en a bien besoin, que le chantier de la CCCG.

12) Seriez-vous favorable à une conférence contradictoire autour de ce projet de centrale CCCG – Centrale à cycle combiné gaz – et, plus largement, à un débat démocratique sur l’avenir énergétique de notre territoire ? Ceci, très prochainement, c’est-à-dire bien avant que l’enquête publique ne soit mise en place ?

Nous y sommes très favorables. L’énergie est un des enjeux majeurs, vitaux non seulement pour le Finistère, la Bretagne et la France mais pour l’Europe et l’humanité tout entière, tant pour des raisons économiques et sociales qu’environnementales. De ce fait, le choix d’enferrer la France dans des solutions énergétiques du passé, reposant sur les hydrocarbures, ne peut être pris sans une information précise du grand public quant à ses conséquences. Cette information rend nécessaire un débat contradictoire avec les partisans de ces solutions.

13) Seriez-vous prêt à former un groupe de dix parlementaires pour déposer une demande de débat public auprès de la CNDP – Commission nationale du débat public – concernant ce projet de CCCG ?

Nous nous engageons, si nous sommes élu-e-s, à prendre l’initiative d’un tel groupe, en concertation avec votre collectif.

14) Désirez-vous nous rencontrer pour échanger plus amplement sur l’ensemble de cette

problématique ?

Les contacts entre votre collectif et notre formation politique sont permanents, notamment à travers nos élus locaux et régionaux du pays de Brest et du Finistère. Pour autant, nous nous engageons à ce que ceux ou celles d’entre nous qui seraient élu-e-s à l’Assemblée nationale reprennent contact avec votre collectif au lendemain de leur élection afin de définir des modalités de concertation et d’action. Ceci pour obtenir l’abandon du projet de centrale électrique à cycle combiné de Landivisiau et permettre une nouvelle politique énergétique dans le Finistère, en Bretagne et en France, qui soit basée sur le triptyque sobriété, efficacité et développement accéléré des énergies renouvelables, dans une approche décentralisée et solidaire (réseaux locaux interconnectés).