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Le collectif de soutien aux personnes sans papier fêtait hier, samedi 28 avril, son dixième anniversaire. L’UDB avait été invitée à prendre la parole avant de défiler de l’aéroport de St Jacques de la Landes au centre de rétention administrative.

Chers camarades,

 

L’Union démocratique bretonne tenait à participer à cette journée d’anniversaire et ce, pour trois raisons.

 

Tout d’abord pour rendre hommage au collectif, seul mouvement à avoir porté la question des sans-papiers et de leur accueil dans la société française et a fortiori bretonne. Sans lui, admettons-le, en plus d’être sans-papiers, ces hommes et ces femmes venus chercher refuge en France seraient en plus des anonymes. Car un sans-papier n’en reste pas moins un être humain et cela, beaucoup l’oublie. Les militants du collectif et parmi eux j’aimerais citer ici l’un de nos camarades, Jef Monnier, mais ils sont beaucoup d’autres que je ne connais pas et dont j’imagine l’engagement, ces militants donc ont réalisé depuis dix ans un travail de sensibilisation auprès de la mairie, auprès du grand public et surtout apporté leurs aides à des cas personnels parfois délicats. Nombre de personnes régularisés le doivent aux militants de ce collectif dont la responsabilité est lourde à porter quand il leur arrive de subir l’échec. Car ici, les conseils et le travail des militants n’est ni un jeu, ni une joute verbale, il s’agit d’améliorer le quotidien de familles venues ici par nécessité.

 

Le deuxième point qu’il nous paraissait important de signaler ici, c’est ce contre quoi se bat le collectif car nous combattons le même adversaire: un Etat arrogant qui a perdu de vue qu’il est là pour le peuple et non l’inverse. Aujourd’hui, le sort des sans-papiers dépend en grande partie de décision du Préfet qui, rappelons-le, est nommé par Paris, qui n’a jamais été élu et qui ne doit de compte à personne hormis l’Elysée. Le coeur du combat de l’UDB, c’est la relocalisation des décisions politiques, une démocratie dans les territoires. Car contrairement à ce que l’on entend ici ou là, l’autonomie n’est pas une lubie de nostalgique des Duchés de Bretagne, mais un principe de responsabilisation, un principe d’autogestion par les collectivités territoriales. De l’accueil à l’expulsion en passant par le logement et la justice, c’est l’Etat qui a compétence pour s’occuper des personnes sans-papiers. Or, il existe une grande différence entre un Préfet qui n’a aucune marge de décision et un élu local qui est mieux à même d’apprécier les situations et de répondre aux urgences. « Tant que je serais maire, aucun enfant sans-papier ne dormira dans la rue » avait dit un jour Edmond Hervé. Ce faisant, il se mettait en porte-à-faux avec l’Etat. Son cri du coeur était pourtant un message d’humanité. Un Préfet exécute les ordres froid d’un Etat. C’est cette machine étatique que l’UDB souhaite remettre en cause en partageant les pouvoirs.

 

Enfin, la dernière raison pour laquelle nous souhaitions être avec vous aujourd’hui -et sans doute la principale-, est liée au contexte électoral dans lequel nous nous trouvons. Si le Parti Socialiste est arrivé en tête du premier tour de la Présidentielle, il n’y a pas de quoi se réjouir pour autant. Avec un FN à 18%, l’UMP radicalise encore plus son discours qui était déjà très éloigné des principes républicains dont ils se gargarisent. Cette radicalisation s’effectue dans un contexte où l’étranger fait peur car il est tenu pour responsable du fort taux de chômage. Il n’y a qu’à écouter les attaques de Nicolas Sarkozy sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Si cette droite là arrive au pouvoir, les 5 ans du dernier mandat paraîtront bien calmes. Et les premières victimes seront les personnes les plus fragiles… à commencer par les sans-papiers qui redoubleront d’imprudence pour pourvoir atteindre le sésame de la régularisation.

 

Au soir du premier tour, j’ai entendu des personnes me dire leur honte d’être français. Il ne faut pas avoir honte. Reportez-la par contre sur ce gouvernement car lui, il est honteux. Je voudrais dire ici aux personnes sans-papiers que pour être breton, il n’est nul besoin de papiers. Nous non plus ne sommes pas reconnus officiellement par l’Etat, ni notre langue, ni notre culture. Pourtant, nous ne baissons pas les bras, nous nous battons. Pour qu’un jour, nous puissions vivre les uns avec les autres, riches de nos différences.

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