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Yann Syz, candidat à Lorient pour les législatives 2012, avec Émilie Dabo, suppléante

Yann Syz, candidat à Lorient pour les législatives 2012, avec Émilie Dabo, suppléante

Après le succès des rassemblements de samedi dernier de Quimper (auquel j’étais présents avec bon nombre d’amis) à Toulouse en passant par Bayonne, quelques réflexions issues d’un texte qui m’a déjà servi ailleurs:

«Nous vivons dans l’illusion que l’identité est une et indivisible […] Nous sommes tous des êtres poly-identitaires dans le sens où nous unissons en nous une identité familiale, une identité locale, une identité régionale, une identité nationale, transnationale (slave, germanique, latine) et éventuellement une identité confessionnelle ou doctrinale ».Edgar Morin Penser l’Europe – 1987 Gallimard

De fait, il n’y a a plus de conflit aujourd’hui entre les identités nationales et l’identité européenne. Là où une opposition se fait jour contre l’Europe, ce n’est pas un rejet d’appartenance, mais une opposition à des projets politiques.

Il n’y a pas on plus d’opposition entre identité régionale et européenne, l’union européenne ayant retenu depuis longtemps l’échelle régionale comme l’un des piliers de son action.

Mais la France est un cas à part d’un pays qui a construit un conflit entre identité nationale et identité régionale avec des conséquences psycho-sociales négatives parfois majeures.

En effet, la France a construit sa mythologie politique autour d’une identité unique fantasmagorique, mythologie dans laquelle les manuels scolaires, jusqu’à une période récente, inventaient un récit national où l’histoire devenait une destinée fictionnelle et où laquelle identité régionale constituait un ennemi de l’intérieur comme un démon à combattre.

Le résultat est une quasi mise à mort institutionnalisée des langues régionales et une folklorisation sympathique des marqueurs d’identités locales, avec pour corolaire des indicateurs de pertes de confiance en soi dans certaines régions. (taux de suicide ou d’alcoolisation régulière par exemple en régions bretonnantes ou flamandes).

Certes, ici ou là l’Etat a remis depuis peu en place un semblant de volontarisme sur la question de l’identité régionale. Mais chaque fois en s’abritant derrière une justification visant à démontrer une exception (la Corse est une île, l’Alsace a une histoire particulière, le Pays Basque est transfrontalier, etc). En évitant ainsi d’évoluer sur les principes même de l’identité unique, l’Etat a laissé perdurer une situation d’un autre âge, notamment en Bretagne, en Flandre, en Savoie et dans diverses régions des langues d’Oc.

Pourtant, les identités multiples se complètent et se respectent plus qu’elles ne s’opposent. L’école est un lieu d’apprentissage essentiel de cette multiplicité culturelle, où la confrontation précoce avec ces enjeux linguistiques est un facteur de facilitation pour l’ouverture au monde de notre jeunesse.

 La quasi totalité des bretons, des flamands ou des occitans vivent, et comme Européens, et comme français. Ils ne demandent qu’à être reconnu aussi dans leurs identités régionales en plus, ce dont ils sont amputés contre leur gré, comme le sont les catalans en Espagne, les Ecossais au Royaume Uni, les Bavarois en Allemagne, etc.

Pour faire face à ce défi de la modernité, l’Etat dispose de peu de marges de manœuvre du fait de pesanteurs plus mentales que financières. Pour entrer dans le siècle des identités plurielles le prochain gouvernement devra laisser aux conseils régionaux, souvent volontaires, les capacités financières, politiques et réglementaires d’agir dans le domaine de la promotion des langues régionales et en particulier pour leur transmission et leur enseignement à l’école.

Ne pas le faire serait, soit se résigner à l’inaction, soit s’inscrire dans une posture nationaliste en décalage avec les aspirations de ceux qui par le biais local veulent entrer dans la complexité du monde.

 Les sociétés du XXIème siècle seront les sociétés du multiple et non plus de l’identité unique. Le temps n’est plus aux identités binaires (nous et les autres) mais aux identités complexes. Inscrivons les langues régionales de France dans la modernité européenne, avec un statut légal et des moyens de transmissions.

N’oublions pas que pour le cas breton, à l’heure où l’emploi est une préoccupation pour tous, rappelons que la langue bretonne représente déjà plus de 1200 emplois non délocalisables. C’est donc aussi un enjeu économique, un enjeu de développement local et régional, que bloquent aujourd’hui les communautaristes, c’est à dire ceux pour qui le français serait l’unique (l’inique?) lumière. Au-delà des considérations philosophiques et culturelles, agir pour les langues régionales, c’est aussi agir pour l’emploi en région.

Yann SYZ

                                                                                

Les photos qui illustrent ce billet ont été prises à Quimper par plusieurs amis lors de la manifestation pour les langues régionales qui a réuni de 10 000 à 12 000 personnes selon les estimations le 31 mars 2012. Ont y voit, outre moi-même et Emilie, Mona Bras, Naig Le Gars, Kristian Guyonvarc’h et Herri Gourmelen, les Conseillers Régionnaux de l’UDB, et bien sûr la foule des manifestants ainsi qu’un apperçu de l’inventivité d’Ai’ta! avec un concours du meilleur panneau monolingue, la palme revenant évidement à celui qui mentionne Anjela Duval sans breton…

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