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Anne-Marie Kervern

Une cinquantaine de personnes ont répondu à l’invitation d’Anne-Marie Kerven et Fragan Valentin-Lemèni, mardi 20 mars à Brest (au Vauban), pour écouter et débattre avec Jacques Weber et Joël Quérellou autour du thème « Pour une révolution écologique de l’économie : l’emploi d’aujourd’hui et de demain ». Ce fut une soirée riche en discussion puisque les conférenciers et le public ne se sont séparés qu’à 23h15.

En organisant cette première réunion publique les candidats présentés par l’UDB avaient voulu, selon les mots d’Anne-Marie Kervern, « sortir de la politique habituelle où le candidat avance avec des solutions toutes faites, dans la posture de l’homme providentiel. Nous préférons ouvrir le débat sur une question qui devrait conditionner tout projet politique : quel monde voulons-nous léguer à nos enfants ?  En agissant de la sorte, je m’inspire de l’éducation populaire dont l’ambition est de construire la citoyenneté jour après jour, je suis de cette école-là ».

Dans son exposé et dans les échanges avec le public, Jacques Weber, économiste, biologiste et anthropologue, a fait deux constats sur lesquels toute pensée et toute action politiques à prétention humaniste devraient s’appuyer:

Anne-Marie Kervern lors de sa première réunion publique

Anne-Marie Kervern lors de sa première réunion publique

–        il n’y a pas de global, pas de local, il n’y a que du « glocal ». L’ici et l’ailleurs sont de plus en plus interconnectés et interdépendants, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas changer sa situation au plan local, mais ce qui veut dire que pour changer sa situation au plan local il faut aussi penser les choses au plan mondial. Il a pris l’exemple d’une production de tomates sous serre à Montréal qui était censée s’inscrire dans une logique de circuit court du producteur au consommateur mais dont les semences venaient d’Europe et le paillage, à base de fibres de noix de coco, du Pacifique ! Au final, est-ce du circuit court, est-ce écologique ?

–        sur la planète, plus la biodiversité est riche et plus elle est habitée par des gens pauvres, et plus les régions sont riches, plus leur empreinte écologique est forte, ce qui est profondément injuste et résume l’état de l’humanité.

Pour Jacques Weber la crise en cours n’est pas une crise financière, c’est une crise écologique dont le symptôme est financier et économique et dont le coût est et sera social. « Je constate que la crise dite des subprimes en 2008 est survenue à un moment où les prix du pétrole, des matières premières importées, des produits alimentaires (céréales, riz…) atteignaient des sommets. Ils ont ensuite plongé mais, actuellement, les cours des matières premières sont tous remontés au-dessus des sommets atteints en 2008, sauf pour le pétrole qui n’a pas encore retrouvé le niveau de prix de 2008 (138 dollars le baril) mais qui n’en est pas loin ».

« En France, la classe politique traditionnelle a flingué le principe d’une fiscalité écologique » (J. Weber)

Jacques Weber à la réunion publique d'Anne-Marie Kervern

Jacques Weber à la réunion publique d'Anne-Marie Kervern

Et Jacques Weber de faire remarquer que « la Suède a décidé, seule, d’appliquer cette logique dès 1988. A l’époque le parlement suédois a voté une loi qui a créé une taxe écologique mais qui, en même temps, a imposé la suppression de taxes existantes d’un montant au moins équivalent. Et ça marche. Si la petite taxe carbone qui était prévue en France, en application du Grenelle de l’environnement, est restée en rade, c’est parce que ce vase communicant n’a pas été garanti. La classe politique traditionnelle a flingué le principe d’une fiscalité écologique ».

Biotechnologies marines : un enjeu économique fort pour Brest

Joël Quérellou était l’autre conférencier de la soirée. Microbiologiste, spécialiste des biotechnologies marines, il fut le directeur d’IFREMER Bretagne à Brest.

Il a souligné que le chiffre d’affaires généré par le secteur des biotechnologies marines croît de 10% par an au plan mondial. Les applications sont multiples, certaines très intéressantes sur un plan écologique, d’autres beaucoup plus discutables, et s’inscrivent dans 4 grands domaines :

–        l’alimentation, à travers la culture des algues mais aussi en fournissant des substituts aux molécules chimiques dans l’aquaculture (qui pèse autant que la pêche au plan mondial),

Une cinquantaine de personnes était présente à la conférence-débat

Une cinquantaine de personnes était présente à la conférence-débat

–        l’énergie, avec des applications comme la possibilité d’extraire plus de pétrole des gisements, l’incorporation de produits marins dans les agrocarburants de 2ème génération (à base de cellulose) et la 3ème génération d’agrocarburants à base de micro-algues. Sur cette dernière application Joël Quérellou a souligné que la rentabilité des process industriels pourrait être assurée d’ici 10 ans. Pour autant, pour approvisionner le parc d’automobiles, de camions et d’avions de l’Europe il faudrait mettre en culture des micro-algues sur une surface équivalente au Portugal !

–        la santé et les cosmétiques. Les biotechnologies marines fournissent déjà quelques molécules anticancéreuses et antidouleur. Elles pourraient aussi apporter des solutions au problème de l’inefficacité croissante des antibiotiques face aux infections,

–        la protection de l’environnement et la reconstitution de milieux pollués. Applications : le biofouling comme alternative aux peintures antifouling polluantes sur les bateaux, la détection des bactéries, virus et composés toxiques marins, la surveillance des produits chimiques dans l’environnement.

Joël Quérellou àla réunion publique d'Anne-Marie Kervern

Joël Quérellou àla réunion publique d'Anne-Marie Kervern

Joël Quérellou a conclu en soulignant que si Brest disposait d’un haut niveau au plan scientifique, avec des laboratoires de niveau mondial, en revanche il lui manquait cruellement, comme à la Bretagne d’une façon plus générale, les capitaux nécessaires pour accompagner le développement des start-up, d’où le risque déjà vérifié que des découvertes réalisées en Bretagne tombent dans l’escarcelle de grands groupes étrangers.

Joël Quérellou, scientifique reconnu en Bretagne et au-delà (expert auprès de l’Union européenne), a accepté de présider le comité de soutien d’Anne-Marie Kervern et Fragan Valentin-Lemèni.

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